Birmanie : le Tourisme complice de la dictature

Publié le par amoruso78

 

Mieux informés sur les conséquences du soutien moral et financier à cette narco-dictature illégitime, les touristes français réfléchiraient à deux fois avant de partir en Birmanie , " espère Aurélie Zammarchi, responsable tourisme au sein d'Info Birmanie. Crée en 1996, cette association  a pour vocation de diffuser des informations relatives à la situation politique et humanitaire en Birmanie et de faire connaître au public la réalité des atteintes aux droits humains perpétrées dans ce pays. Après avoir lancé des campagnes sur la présence de Total
- l'investissement dans le pipeline Yadana a fait de Total le premier investisseur étranger en Birmanie depuis 1992 - ,  Info Birmanie veut agir sur l'industrie touristique et la responsabilisation de ses clients. " "La Birmanie est l'un des rares pays au monde où le développement touristique est aussi étroitement lié aux violations des droits humains fondamentaux : développement du travail forcé sur les chantiers liés à l'aménagement touristique, déplacements des populations habitant à proximité des sites touristiques, tourisme sexuel, dégradations de l'environnement et des lieux de cultes ", souligne Farid Ghehioueche, président d'Info Birmanie.

Recours au travail forcé généralisé, selon l'OIT

Dès 1990 ( année de l'annulation des élections démocratiques en Birmanie), la junte militaire a fait du développement touristique l'une de ses priorités économiques, pour plusieurs raisons: améliorer l'image du pays, permettre à la Birmanie d'entrer sur la scène économique internationale, attirer les investisseurs étrangers, mais aussi blanchir l'argent de la drogue. La construction de vastes complexes hôteliers (500 000 chambres disponibles), en un temps record, a été faite par des millions de Birmans, tous âges et sexe confondus, obligés de travailler dans des conditions d'esclavage. En 1998, une commission d'enquête de l'Organisation Internationale du Travail (OIT) a constaté que le recours au travail forcé par la junte militaire était généralisé et systématique. Depuis, les représentants des Nations-Unies (et notamment le président de la Commission des droits de l'homme) se sont vus interdire l'octroi de visas pour se rendre dans le pays. " Cette politique d'ouverture au tourisme s'est rapidement concrétisée par l'expulsion manu militari des populations habitant près des sites touristiques et par l'utilisation du travail forcé pour la rénovation des monuments, la construction des routes et des hôtels", témoigne Farid Ghehioueche.

Les Birmans  interdits de contacts avec les étrangers

En novembre 1996, la junte a officiellement ouvert le pays au tourisme en lançant la campagne de promotion " Visit Myanmar Year ". 311 000 touristes ont été recensés en 2002 et, sur les deux premiers mois de l'année 2003, les chiffres s'élèvent à 70 000. Avec une obligation à l'entrée : échanger au minimum 300 dollars contre une " monnaie de singe " locale, procédé mis en place par la junte pour  blanchir l'argent de la drogue. Actuellement, 90 offres de tours opérateurs sont proposées aux touristes. " Les gens choisissant cette destination pensent trouver un pays intact, emprunt de spiritualité, explique Aurélie Zammarchi. Ce sont des gens aisés, appartenant aux catégories sociales supérieures mais qui, paradoxalement,  ne sont pas informés sur la situation politique du pays. Les voyagistes, dont certains sont par ailleurs spécialisés uniquement sur la Birmanie, évitent d'aborder le sujet ".  Les touristes continuent donc à ignorer que 3 millions de Birmans, vivant à proximité de leurs lieux de cultes, ont été déplacés pour permettre aux autorités d'aseptiser des zones entières, désormais réservées au tourisme. " En avril 1990, les 5200 habitants de Pagan (ville où sont situés de nombreux sites archéologiques et spirituels)  furent obligés de déménager à une trentaine de kilomètres de la ville, dans une zone aride et dépourvue d'équipements élémentaires, précise Farid Ghehioueche. Aujourd'hui , Pagan est devenue une ville fantôme hyper protégée ". Les circuits montés par les tour opérators  évitent soigneusement les zones qui pourraient ternir l'image sereine qu'ils vendent à leurs clients. " Tout a été pensé pour que les touristes ne rencontrent pas la population non plus, précise Aurélie Zammarchi. La junte interdit aux Birmans tout contact avec les touristes, qui eux-mêmes, sont  obligés de traverser la pays par avion...Tout est fait pour  cacher la réalité dans certaines zones stratégiques de guérillas et de travail forcé ". 
Plus qu'ailleurs, les impacts sociaux et environnementaux du tourisme dans une dictature sont multiples. Le lac Inle, site où vivaient des communautés de pêcheurs, a par exemple été " nettoyé " pour construire une sorte de " village témoin artificiel ". Outre le déplacement des communautés locales, cette opération a eu pour conséquence de détruire l'éco-système et de rendre inexploitable le lac par la population... La tradition des " femmes girafes " (coutume qui consiste à enserrer le cou des femmes dès l'enfance dans des anneaux) a été réhabilitée pour les touristes, en Birmanie et en Thaïlande, où les réfugiées birmanes ne sont tolérées qu'en raison de l'important flux touristique qu'elles apportent.

Si Info Birmanie regrette que les touristes, même informés, choisissent cette destination, elle n'appelle pas pour autant au boycott. Cette pratique reste anglo-saxonne - Lonely Planet a cessé de publier des guides sur la Birmanie, par exemple-. L'ONG cherche plutôt, en France, à responsabiliser les touristes. " Nos contacts avec le syndicat national des voyagistes n'ont jamais abouti à quoi que ce soit, explique Aurélie Zammarchi. Et même si certains grands groupes reconnaissent que la situation n'est pas normale et ne s'y implantent pas, ils refusent de communiquer sur le sujet ". La campagne, intitulée " Birmanie : et si on voyageait intelligent ? " vise en premier lieu les agences signataires de la Charte éthique du voyageur, afin qu'elles retirent de leur catalogue les offres sur la Birmanie, destination qu'elles vendent en outre à perte....

Signez la pétition pour la libération d' Aung San Suu Kyi içi

En savoir plus :
Info - Birmanie est une association loi 1901 à but non lucratif, née de la volonté de responsables associatifs et de citoyens soucieux de promouvoir le respect des droits de l’Homme et d’apporter aide et soutien aux peuples opprimés de Birmanie. Son objectif principal est de diffuser des informations sur la situation politique, économique et sociale de la Birmanie. (Avis personnel :  très bien fait et très informatif)

http://www.asskforfreedom.org/index.php Site à découvrir de toute urgence pour mieux comprendre ce qui se passe dans ce fabuleux pays : la Birmanie gouverné par un junte de narco-militaire.

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