Dimanche 21 décembre 2008
Kivu : Carte d' Idendité
D'une superficie de 256 000 km2 -presque la moitié de la France- la région s'étale entre la cuvette congolaise, au climat tropical, et les contreforts du plateau
rwando-burundais, beaucoup plus tempéré et froid.
Au nord, la chaîne des volcans Virunga culmine à plus de 4000 mètres d'altitude, à l'ouest, les forêts congolaises offrent un environnement où les cultures sont abondantes, mais surtout des
richesses minières inégalées : cuivre, or, coltan, gaz naturel et pétrole dans les lacs Kivu et Tanganiyka. Toutes ces richesses faisant l'objet de trafics en tout genre.
Traditionnellement peu peuplée, la région est depuis le XIXe siècle une terre d'immigration, attirant les « banyarwanda » (habitants du Rwanda) des plateaux, où la densité de population
a toujours été très forte. Ces derniers se heurtent régulièrement aux locaux congolais, à travers de multiples conflits fonciers.
Deux villes -chefs-lieu de région administrative- délimitent la zone : Goma au nord du lac Kivu, avec de nombreux camps de réfugiés et Bukavu au sud du lac.
Le Kivu : Une crise humanitaire majeure
La crise humanitaire et des droits humains dans l’Est de la RDC s’est terriblement aggravée depuis le début du mois d’octobre 2008, lorsque le Congrès National pour la Défense du Peuple (CNDP),
sous le commandement du général rebelle Laurent Nkunda, a lancé une violente offensive contre les forces gouvernementales.
Au moins 250 000 civils, dont une grande majorité de femmes et d’enfants, ont dû fuir, portant le nombre total de personnes déplacées dans le Nord-Kivu, par ce conflit et les précédents,
à plus d’un million, voire à 1,6 million selon certaines estimations.
La plupart de ces personnes se trouvent dans une situation désespérée, manquant de nourriture, d’eau, de médicaments ou d’abris.
L’aide humanitaire vient tout juste de reprendre mais beaucoup de personnes déplacées restent hors de portée et certaines opérations sont suspendues en raison de la fragilité de la situation en
termes de sécurité. Des informations ont également fait état de plusieurs exécutions sommaires.
Amnesty International
Le viol : une arme de guerre et
de terreur
«La plupart (des victimes) disent que ce sont des hommes en arme qui les ont intimidées et c’est pour cela qu’elles cèdent facilement, pour ne pas être tuées»,
rapporte M. Kimona, rencontré à Goma, dans la structure hospitalière «Heal Africa».
Ce dernier rapporte des cas de viols collectifs ou accompagnés d’actes de barbarie qui martyrisent les organes génitaux des victimes et occasionnent des fistules vésico-vaginales, une lésion
traumatique qui entraîne l’écoulement de l’urine, non par le canal urinaire, mais par le vagin.
«Ce n’est pas forcément le viol en soi qui entraîne ces lésions. Mais lorsqu’ils terminent le viol, ils introduisent soit le canon des fusils, soit d’autres corps étrangers. On a aussi trouvé
des femmes qui ont été violées par 10-15 personnes et qui ont développé des fistules», explique le médecin.
«Aujourd’hui, nous avons à l’hôpital une fille de 13 ans qui a été violée et on a laissé un épis de maïs (dans son corps). Avec les dégâts qu’a faits ce corps
étranger, elle va faire une fistule», ajoute-t-il.
Selon les agences humanitaires, 38 cas de viols ont ainsi été recensés depuis mi-septembre dans les cinq camps de déplacés de la zone de Mugunga à 15 km de Goma, chef-lieu du Nord-Kivu.
Le chirurgien, lui, s’alarme de l’explosion du nombre de patientes et s’attend à un total de 450 opérations pour 2007 contre 250 l’année dernière, précisant que
ces interventions englobent des victimes de viols et des lésions dues à des accouchements difficiles, moins nombreuses.
A ces victimes récentes s’ajoutent dans la consultation du médecin des femmes violées il y a plusieurs années et qui, mieux informées de l’existence de ce programme par une équipe de
conseillères qui sillonnent le Nord-Kivu, affluent de la province pour se faire soigner.
Mangaza, 32 ans, est ainsi arrivée samedi dans les locaux de «Heal Africa», cinq ans après avoir été violée par six hommes de l’ex-rébellion du Rassemblement
congolais pour la démocratie (RCD) d’Azarias Ruberwa qui l’avaient laissée pour morte, après avoir obligé une autre villageoise à extraire de force son foetus mort de six mois.
Malika Saim, responsable des programmes MSF en RDC, revient sur la réponse que les équipes tentent d'apporter à cette situation.
Comment expliques-tu l'ampleur des violences sexuelles dans la province du Nord
Kivu?
la violence sexuelle s'inscrit dans un contexte général de violence entretenue par les nombreux groupes armés présents dans cette région. Cette violence se décline sous
plusieurs formes : viols, mais aussi pillages, banditisme, affrontements armés pour le contrôle des villages ou des axes routiers. Dans cet environnement, où les groupes armés taxent en
permanence la population, les femmes sont tout particulièrement exposées. Plus des trois quarts de celles que nous avons prises en charge ont été violées par des combattants armés inconnus.
Le viol est utilisé comme arme pour terroriser la population, et le nombre de cas augmente à chaque recrudescence d'attaques et de combats. Dans ces régions de l'Est de la RDC, si le viol
s'inscrit comme une forme de violence parmi d'autres, il est également perçu comme une "rétribution supplémentaire" à part entière par les groupes armés.
Si les mineures (moins de 18 ans) sont particulièrement ciblées (à près de 40%), la tranche d'âge la plus touchée est celle des 19 - 45 ans (53,6 %), car elle correspond aux femmes qui
travaillent aux champs pour subvenir aux besoins de leur famille. Les agressions se déroulent en majorité dans les champs mais aussi sur les axes empruntés pour s'y rendre. Par conséquent,
elles limitent leurs déplacements. C'est ainsi que les mères des enfants admis dans nos centres nutritionnels supplémentaires autour de Kayna préfèrent trouver un logement sur place, plutôt que
de revenir chaque semaine chercher la ration de leur enfant.
Extrait de MSF (25 juillet 2006)
la priorité absolue est la protection des populations civiles, l’accès à l’aide humanitaire et l’ouverture de couloirs humanitaires dans toute la province.
Pour cela elle appelle le Conseil de sécurité des Nations unies à envoyer des renforts, des experts et des équipements spécialisés à la force de maintien de la paix dans le Nord Kivu.
Ces renforts sont absolument indispensables pour que la MONUC puisse, conformément à sa mission, prévenir les attaques des groupes armés contre la population civile, protéger les opérations
humanitaires et
faire appliquer l’embargo sur les armes en vigueur en RDC.
Elle demande également aux membres du Conseil de sécurité de faire pression sur les gouvernements de la RDC et du Rwanda pour ne pas apporter leur appui à des groupes armés, particulièrement au
CNDP et aux FDLR (Forces démocratiques de libération du Rwanda).
Extrait d'Amnesty International
Avis personnel :
Le Kivu encore un des trop nombreux drames africains ignorées par une communauté internationale plus préoccupée par la crise financière que que par cette crise humanitaire qui touche le Kivu.
Les solutions existent, elles commencent par une action concertée des membres du conseil de sécurité pour accroitre les moyens de la force internationale de maintien de la paix (la MONUC), de la
mise en oeuvre et la signature du traité "Control Arms" pour controler le commerce ds armes dans le monde et par une aide humanitaire de grande ampleur pour les civils et les
trop nombreuses victimes de ce conflit.
La sensation de déjà vu ne devient qu'à chaque fois plus insoutenable, on ne peut plus dire que l on ne savait pas ou que l on ne peut rien faire. Il appartient juste à nos dirigeants
politiques de dépasser les clivages de la real politic et de se préoccuper enfin des victimes bien humaines de ses conflits dues essentiellement au cynisme et au laisser-faire de ces dites "grandes
puissances".
A bons entendeurs, un joyeux Noel.
Guillaume SERVOS